« A la fin de 1952, Antoine Pinay étant encore président du Conseil, le gouvernement demande au général Salan d'établir un plan général de campagne qui puisse assurer la fin victorieuse de la guerre d'Indochine. Ce plan 38 fut rédigé fin février 1953. Il était échelonné sur la fin de 1953, sur 1954 et sur 1955. Nous espérions arriver à une solution sérieuse en 1955. Son économie était la suivante : au fur et à mesure que l'armée vietnamienne se développait, on lui confiait la responsabilité des zones les plus tranquilles. On pouvait ainsi récupérer les troupes proprement françaises et les transformer en unités mobiles affectées à la reconquête des positions ennemies. Dès que ces nouvelles zones auraient été pacifiées, les Français auraient cédé la place à l'armée vietnamienne. Le plan prévoyait quatre ou cinq périodes d'opérations. En 1955, l'armée vietnamienne aurait été suffisamment importante, les zones reconquises assez étendues pour que les deux tiers des forces françaises, transformées en unités mobiles, puissent rechercher le grand affrontement avec le corps de bataille viêtminh au Tonkin, sans plus se préoccuper de ce qui se passe ailleurs dans le pays. En mars 1953, j'ai été à Washington présenter ce plan au Pentagone. Les Américains ont approuvé son esprit, mais ils m'ont dit : "Il faut aller plus vite. Le Congrès veut que tout soit fini au Viêt-nam en 1954." On doit préciser que le général Hinh, qui commandait l'armée vietnamienne, leur avait un peu promis la lune, leur garantissant une force qu'il ne pouvait avoir. »